Nous voilà repartis sur les chemins de l'inconscient schopenhauerien et de bien des réfléxions philosophiques sur Schopenhauer, et ce monde en général (faudrait quand même pas trop limiter son champ de vision). Les vacances ont fait le plus grand bien, d'autant qu'elles ont permis le retour d'une motivation encore plus grande que celle d'origine. C'est avec l'envie retrouvée et une idée plus claire du travail à faire que les choses sérieuses ont repris (le blog a plus d'un mois de retard... il ne déroge donc pas à la règle).
Le travail reprend son cours avec la lecture de l'ensemble de la littérature secondaire (commentaires et articles) et (très prochainement) le début de la rédaction de la première partie. Objectif : définir l'inconscient schopenhauerien. Vaste programme, d'autant que le terme d'inconscient est utilisé par Schopenhauer pour désigner six choses différentes... Mais bon, rien est perdu. Tout le monde sait bien que rien n'est isolé dans sa pensée et que les différences apparentes ne sont que des modifications du niveau de considération, i.e. du point de vue... La Volonté n'est jamais très loin !
Ma perspective est quelque peu différente aujourd'hui... A s'enfermer dans une lecture permanente d'une même oeuvre, on finit par ne plus trop savoir où on en est, ce que l'on pense et au final qui on est vraiment. On finit par ne plus penser par soi-même et par se laisser envahir. Le but est donc maintenant de prendre du recul sur cette belle et grande oeuvre qu'est celle de Schopenhauer (mais qui, comme depuis toujours, me semble souffrir de quelques apories), de la situer plus largement dans la philosophie contemporaine et dans l'histoire de la philosophie en général. Tout cela avant d'en déterminer la fécondité, notamment, sur la question de l'inconscient, pour la psychanalyse et les neurosciences. J'alterne donc, depuis 1 mois, entre lecture de commentaires sur Schopenhauer (et son rapport avec d'autres penseurs) et lecture des oeuvres de Nietzsche, Freud, Kant, Von Hartmann, Cabanis, Bergson, etc.
J'y trouve de très belles choses (et parfois de très belles critiques de Schopenhauer), mais, et surtout dans les commentaires, de magnifiques horreurs !! Je ne citerai pas de noms, pour ne pas définitivement me mettre l'ensemble de la communauté schopenhauerienne à dos, mais lire que la Volonté pour Schopenhauer est négative, mauvaise, absurde, méchante, bête, "douée d'une folle, insatiable et absurde malignité" (ce qui est un condensé terrifiant des erreurs précédentes), dire que Schopenhauer a une haine du corps, est nihiliste, pessimiste, dans le plus fort sens du terme (j'en reviens de plus en plus de cette appelation douteuse et trompeuse... mea culpa) ; qu'il existe une communauté des génies qui dialogue au-delà de l'histoire (oui, moi non plus je ne comprends pas ce charabia), qu'il y aurait un idéal de l'homme chez Schopenhauer (!!!!), que son oeuvre suivrait une progression, dont la morale serait l'aboutissement, qu'il y aurait une exhortation à la négation de la Volonté seul moyen de salut, qu'il y aurait un dualisme Volonté/Intellect chez Schopenhauer... Stop ! Il y en a bien d'autres, croyez-moi, mais j'arrête là car j'ai peur de vous faire faire une attaque. Un tel condensé d'idioties me révolte et je me doute qu'il doit causer le même effet sur vous.
Surtout, ce qui me mine, c'est cette idée saugrenue de progression, comme si Schopenhauer nous donnait un cheminement, une voie à suivre pour nous libérer de la Volonté... (alors qu'il se défend explicitement de tout caractère progressif, l'ordre du "Monde" est simplement guidé par un souci de commodité d'exposition) C'est oublier d'une part que la morale n'est qu'un point de vue particulier (celui de la pratique, qui certes nous concerne tous directement, mais qu'il n'est qu'une partie de la réalité - il y a 4 livres dans "Le Monde", correspondant à quatre points de vues différents, c'est pas pour rien) et d'autre part c'est oublier -chose qui condamne toute compréhension véritable de la pensée de Schopenhauer, qu'il ne fait que décrire ce qui est !! Dans le livre 4 il ne fait que décrire ce qu'est l'affirmation et la négation de la Volonté, et pourquoi certains hommes, par cette négation, peuvent être dit "bons", voire "saints". Il se défend assez de toute préscription en morale, refusant ainsi de considérer la bonté comme étant l'oeuvre de la raison. Alors je crois qu'il serait temps d'arrêter de penser que Schopenhauer nous fait la morale !