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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 10:44
Nous voilà repartis sur les chemins de l'inconscient schopenhauerien et de bien des réfléxions philosophiques sur Schopenhauer, et ce monde en général (faudrait quand même pas trop limiter son champ de vision). Les vacances ont fait le plus grand bien, d'autant qu'elles ont permis le retour d'une motivation encore plus grande que celle d'origine. C'est avec l'envie retrouvée et une idée plus claire du travail à faire que les choses sérieuses ont repris (le blog a plus d'un mois de retard... il ne déroge donc pas à la règle).

Le travail reprend son cours avec la lecture de l'ensemble de la littérature secondaire (commentaires et articles) et (très prochainement) le début de la rédaction de la première partie. Objectif : définir l'inconscient schopenhauerien. Vaste programme, d'autant que le terme d'inconscient est utilisé par Schopenhauer pour désigner six choses différentes... Mais bon, rien est perdu. Tout le monde sait bien que rien n'est isolé dans sa pensée et que les différences apparentes ne sont que des modifications du niveau de considération, i.e. du point de vue... La Volonté n'est jamais très loin !

Ma perspective est quelque peu différente aujourd'hui... A s'enfermer dans une lecture permanente d'une même oeuvre, on finit par ne plus trop savoir où on en est, ce que l'on pense et au final qui on est vraiment. On finit par ne plus penser par soi-même et par se laisser envahir.  Le but est donc maintenant de prendre du recul sur cette belle et grande oeuvre qu'est celle de Schopenhauer (mais qui, comme depuis toujours, me semble souffrir de quelques apories), de la situer plus largement dans la philosophie contemporaine et dans l'histoire de la philosophie en général. Tout cela avant d'en déterminer la fécondité, notamment, sur la question de l'inconscient, pour la psychanalyse et les neurosciences. J'alterne donc, depuis 1 mois, entre lecture de commentaires sur Schopenhauer (et son rapport avec d'autres penseurs) et lecture des oeuvres de Nietzsche, Freud, Kant, Von Hartmann, Cabanis, Bergson, etc.

J'y trouve de très belles choses (et parfois de très belles critiques de Schopenhauer), mais, et surtout dans les commentaires, de magnifiques horreurs !! Je ne citerai pas de noms, pour ne pas définitivement me mettre l'ensemble de la communauté schopenhauerienne à dos, mais lire que la Volonté pour Schopenhauer est négative, mauvaise, absurde, méchante, bête, "douée d'une folle, insatiable et absurde malignité" (ce qui est un condensé terrifiant des erreurs précédentes), dire que Schopenhauer a une haine du corps, est nihiliste,  pessimiste, dans le plus fort sens du terme (j'en reviens de plus en plus de cette appelation douteuse et trompeuse... mea culpa) ; qu'il existe une communauté des génies qui dialogue au-delà de l'histoire (oui, moi non plus je ne comprends pas ce charabia), qu'il y aurait un idéal de l'homme chez Schopenhauer (!!!!), que son oeuvre suivrait une progression, dont la morale serait l'aboutissement, qu'il y aurait une exhortation à la négation de la Volonté seul moyen de salut, qu'il y aurait un dualisme Volonté/Intellect chez Schopenhauer... Stop ! Il y en a bien d'autres, croyez-moi, mais j'arrête là car j'ai peur de vous faire faire une attaque. Un tel condensé d'idioties me révolte et je me doute qu'il doit causer le même effet sur vous.

Surtout, ce qui me mine, c'est cette idée saugrenue de progression, comme si Schopenhauer nous donnait un cheminement, une voie à suivre pour nous libérer de la Volonté... (alors qu'il se défend explicitement de tout caractère progressif, l'ordre du "Monde" est simplement guidé par un souci de commodité d'exposition) C'est oublier d'une part que la morale n'est qu'un point de vue particulier (celui de la pratique, qui certes nous concerne tous directement, mais qu'il n'est qu'une partie de la réalité - il y a 4 livres dans "Le Monde", correspondant à quatre points de vues différents, c'est pas pour rien) et d'autre part c'est oublier -chose qui condamne toute compréhension véritable de la pensée de Schopenhauer, qu'il ne fait que décrire ce qui est !! Dans le livre 4 il ne fait que décrire ce qu'est l'affirmation et la négation de la Volonté, et pourquoi certains hommes, par cette négation, peuvent être dit "bons", voire "saints". Il se défend assez de toute préscription en morale, refusant ainsi de considérer la bonté comme étant l'oeuvre de la raison. Alors je crois qu'il serait temps d'arrêter de penser que Schopenhauer nous fait la morale !

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Published by Jean-Charles Banvoy
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commentaires

Manant2 24/06/2010 16:53


Le mot "valeur" ne peut être pris, s'agissant de Sch. que d'un point de vue objectif (par exemple la gradation d'une couleur en plusieurs valeurs), les degrés de chaleur sont des "valeurs"… Il y a
une tendance compréhensible à se laisser piéger par les mots (qui sont subjectifs), mais celui de "valeur" est à prendre comme un "concept" et, quand il prend, avec les mots, des inflexions
subjectives, il faut le ramener à l'objet : la sensibilité humaine qui est une expression de la volonté en tant que chose en soi et qui détermine à l'échelle de l'individu, une orientation de cette
volonté. Ainsi, il faut comprendre que la sensibilité de Nietzsche, au contact de l'œuvre de Sch. manifeste une orientation de la volonté chez l'individu auteur du Zarathoustra. L'attitude
"morale", au sens ou l'entend Schopenhauer, s'observe chez les animaux, notamment chez les mammifères : l'éducation et la protection du petit, l'instinct du groupe peuvent avoir, aux yeux de
l'observateur, des vertus "morales". C'est pourquoi La Fontaine a choisi les animaux pour illustrer les traits humains, "bons" ou "mauvais". Les Fables gagnent à être éclairées par "Le monde comme
volonté et comme représentation".
Amicalement


pfiffikus 22/06/2010 11:48


Pour vous répondre tout aussi rapidement
1) le langage a une fonction performative. L'énoncé "Chien méchant" sur le devant d'une maison n'est pas qu'une description, c'est une incitation implicite à passer son chemin. Et il en va de même
au livre IV du Monde. Je trouve votre lecture du texte bien trop littérale. Il ne faudrait pas confondre, par ailleurs, le sermon avec l'établissement de valeurs. Schopenhauer ne sermonne ni ne
conseille, mais il établit des valeurs - il est du moins difficile et à mon avis impossible de démontrer clairement que l'on ferait mieux de ne pas avoir pitié... Pourquoi Schopenhauer emploie-t-il
le terme pas si innocent de "libération" à propos de la négation de la volonté ? Etc. En bref, Nietzsche a-t-il toujours tort, et pourquoi ??? Parce qu'il n'a lu le Monde qu'une dizaine de fois ?
Parce qu'il n'était qu'un philosophe et que les philosophes, comme le veut le préjugé, déforment fatalement les thèses de leurs adversaires ?
2)Dans le cadre d'une pensée moniste où tout jaillit de la volonté comme une cascade infinie, il est difficile d'admettre que l'abolition de la volonté soit sa pure consumation, comme si une goutte
d'eau pouvait s'évaporer d'elle-même. Dans la Métaphysique du Vouloir, Stanek dont vous vantez ailleurs la traduction explique bien que la négation de la volonté (qu'il nomme nolonté) signifie la
volonté de ne plus vouloir : c'est "la négation du vouloir et non pas la suppression de la volonté en elle-même... l'objet de la négation est bien le vouloir, c'est-à-dire la présentation
phénoménale de la volonté..."


Pfiffikus 21/06/2010 23:06


Il pose bel et bien des valeurs : ascétisme, privation, compassion, acédie. Et ces valeurs font l'héroïsme de l'homme doté d'une conscience supérieure, et qui découvre froidement dans le néant une
autre réalité bien meilleure.
De l'éloge des saints martyrisés par leur volonté de ne plus vouloir, à l'exhortation de suivre leur chemin de souffrances, il n'y a qu'une petite différence : c'est que l'éloge est puissant,
emphatique, verbeux alors que l'encouragement à l'imitation est un sourd bruit de basse qui accompagne implicitement tout le ronflement de l'orchestre (Monde, I, fin du livre IV).


Jean-Charles Banvoy 22/06/2010 10:55



Cher Pfiffikus,


J'aurai deux remarques à faire à votre commentaire (pour lequel je vous remercie) :


Premièrement, Schopenhauer ne "pose" pas de valeur, il décrit ce qui est, c'est-à-dire, à la fin du livre IV du Monde qui nous concerne ici, les différents degrés de
moralité (qui va de la justice (respect de la Volonté d'autrui) à la sainteté, résidant dans l'ascetisme et l'extinction de la Volonté. Et cette sainteté est admirable, à ses yeux ; mais
cela ne signifie en rien qu'il nous exhorte à le faire : si c'est le plus haut degré de moralité, ce n'est en aucun cas, un idéal !


Deuxièmement, la négation de la Volonté ne consiste pas en vouloir ne plus vouloir !! (Schopenhauer ne peut d'ailleurs pas nous exhorter à vouloir quoique ce soit, du seul fait que la Volonté
dont il est question ici n'est pas la volonté consciente : elle n'est pas maîtrisée par la connaissance ; elle est libre, libre de ne plus vouloir, de "s'euthanasier".) Il est impossible de
parler de la volonté de nier sa volonté (ce que ne fait d'ailleurs jamais Schopenhauer, tout conséquent qu'il est), sinon nous serions là en présence d'une pure contradiction comme l'a fort bien
remarqué Nietzsche. Mais ce dernier fait l'erreur grossière de croire que la Volonté veut se nier : Schopenhauer parle d'un renoncement, d'une extinction du vouloir : la Volonté s'éteint
d'elle-même, progressivement, face à la souffrance.



Manant2 08/06/2010 16:28


Schopenhauer est un empirique. S'agissant du mot bonté (sans connotation a priori), il opère une gradation entre le plus grand égoïsme (la manifestation la plus véhémente de la volonté) jusqu'à
l'acétisme en passant par l'altruisme. Il ne fait pas de morale, il retourne la morale comme une peau pour montrer que c'est toujours de volonté qu'il s'agit. Quant à Nietzsche, il lui faut bien
tuer le père… de la volonté de puissance.


Pfiffikus 13/04/2010 11:09


@yann5
Vous distinguez vous-même le jugement de valeur de l'exhortation, mais vous n'allez pas au bout ! Ce n'est pas parce que la philosophie de Schopenhauer ne prétend pas rendre les hommes meilleurs,
qu'il n'y a pas d'hommes meilleurs, exemplaires.
On pourrait d'ailleurs discuter de ce déterminisme du caractère, qui ne me semble pas si absolu. Voyez le §68 du livre IV, tome 1 : Schopenhauer admet la puissance purificatrice des grandes
souffrances, parle de la "conversion" de criminels devant l'échafaud. Comme l'a remarqué Nietzsche, dont la critique est bien plus précise que la caricature que vous en offrez, ce type de discours
constitue un éloge de la souffrance intérieure, sanctifiante, libératrice, et revient à suggérer au lecteur qu'il trouvera le salut en imitant les macérations des ascètes. Je passe sur l'éloge
dythirambique des suicides religieux, par le saut depuis une falaise ou la plongée dans une fosse aux crocodiles, qui fait tout de même de la mort au monde de la Volonté, le signe d'une sainteté
exemplaire, à imiter donc, à rechercher.

Bref, je suis en désaccord avec votre lecture de Nietzsche (qui est loin de s'en tenir à des arguments ad hominem) et avec votre lecture de Schopenhauer.


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  • : Etudes de la pensée de Schopenhauer et notamment de son rapport à la psychanalyse et aux neurosciences.
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  • Jean-Charles Banvoy
  • Allocataire de recherche en Philosophie sur le sujet : "Schopenhauer et l'inconscient : de Kant aux neurosciences ?"
 UMR 7117, Laboratoire de Philosophie et d'histoire des sciences, Archives Henri Poincaré, Université Nancy 2
  • Allocataire de recherche en Philosophie sur le sujet : "Schopenhauer et l'inconscient : de Kant aux neurosciences ?" UMR 7117, Laboratoire de Philosophie et d'histoire des sciences, Archives Henri Poincaré, Université Nancy 2

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