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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 11:15
J'avais promis de faire des billets spéciaux sur l'instinct de mort et sur la question de l'hypnose, mais je ne vais pas (encore) tenir parole. Je tenais avant tout à remercier Thierry Machuron et Jerôme Duwa pour leur invitation, leur accueil, leur énergie et leur formidable organisation du colloque "Le processus créatif en question" qui a eu lieu à Nevers au début de ce mois. Cela a été pour moi un moment très spécial, enrichissant et motivant. Je suis particulièrement content d'y avoir participé, d'avoir pu parler de Schopenhauer et d'avoir pu dialoguer avec des personnes d'horizons différents du mien. Merci à eux, merci à tous ceux qui y ont participé de près ou de loin.

Ce genre de moment vous redonne espoir ; et plus spécialement l'espoir que le dialogue entre les disciplines (à une époque où le cloisonnement règne en maître sur notre belle société) ne s'arrête pas et fleurisse. Car nous avons tous un point de vue différent sur une seule et même chose. L'imagination, vous pouvez la voir comme un don, comme faisant partie intégrante du fonctionnement cérébral, comme un outil pour l'artiste, comme la faculté de créer des images, etc. vous pouvez la voir du point de vue mystique, neurologique, philosophique, psychologique, scientifique, de la pratique... cela n'en est pas moins une seule et même chose. Cela vaut également pour l'inconscient. Quand arreterons-nous de croire que l'inconscient neurologique détruit l'inconscient psychique, ou que le premier ne peut exister sans l'autre. Une partie de notre être est inconsciente, et cela se manifeste psychiquement, neurologiquement, dans l'action, dans notre rapport à nous-mêmes, dans tout ce que nous faisons et produisons. Après, nous le voyons suivant notre point de vue de neurologue, de psychologue, de philosophe... Mais il faut arrêter de croire que tel point de vue, parce qu'il est le mien, vaut mieux que celui du voisin. Il est différent, et lui, tout autant que moi, peut percevoir la vérité sous un certain angle.

Où est alors le philosophe ? C'est celui qui a le point de vue le plus général, le point de vue qui permet de faire la part des choses entre tous les autres points de vue. Il ne les fonde pas (je ne suis pas en train de vous dire que le philosophe est au-dessus des autres, il est plus "à l'écart", à l'extérieur des pratiques particulières -pratiques qu'il doit bien connaître pour pouvoir se prononcer -) il n'est pas celui qui va vous dire comment penser, comment voir les choses au sein de chaque discipline. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne peut pas pratiquer une ou plusieurs disciplines particulières (cela a été systématiquement le cas avant que les sciences ne se développent à un tel point que la spécialisation devenait nécessaire). Il prend en compte l'ensemble des points de vue, à partir d'un point de vue plus général que tous les autres : le point de vue métaphysique. D'où l'importance de son travail... Mais son travail serait impossible sans celui de tous les autres.

La philosophie comme manipulation de concepts, de notions abstraites systématisés entre elles, sans rapport avec la réalité, sans qu'elle ne tienne compte de l'ensemble des connaissances empiriques et scientifiques, ne devrait plus exister. Aujourd'hui nous sommes tendu entre deux extrèmes (l'extremisme est également un truc très en vogue dans notre belle société), entre un mysticisme à barbe de philosophe, et une troupe de scientifiques qui croit pouvoir philosopher avec leurs grandes théories et le catéchisme de leur première communion (comme dirait l'autre).  Bon, j'exagère un tout petit peu. Mais moi, ce qui me fait peur dans tout ça, c'est le scientisme réaliste ambiant qui considère la métaphysique comme une réflexion sur la méthode, comme un objet ancien de l'histoire de la  philosophie, comme quelque chose de dépassé, d'éculé, de profondément vide... Tout ça reposant sur une déduction inconsciente :  "Kant a détruit la métaphysique ! Nous ne pouvons avoir accès qu'aux phénomènes. Toute certitude ne peut donc venir que de leur étude... Alors, vive la science !! La divine science qui va nous dire ce qu'est le monde !" Et dire, qu'aujourd'hui encore, certaines personnes entretiennent cette horreur et que ces personnes oublient que nous sommes des animaux, que nous sommes un corps avant d'être des sujets connaissants. Tous plus kantiens les uns que les autres ! Pas au sens stricte du mot, mais au sens où ils en sont resté à cela : la métaphysique est morte, vive la science (la logique, les mathématiques, la physique, la chimie, la neurologie, etc.) !! Et si ce n'est pas kantien, c'est malheureusement une déduction possible à partir de la pensée de Kant. Et la philosophie n'est plus, elle est de l'histoire de la philosophie comme si nous n'étions plus capable de rien affirmer de nouveau, elle est de la philosophie du langage (un truc qui ose se baser sur la logique pour dire ce qu'est le monde - ceux là sont des kantiens qui s'ignorent), de la phénoménologie (là mieux vaut que je me censure...), de la philosophie des sciences (chouette, on parlait pas encore assez des théories scientifiques) et de multiples autres courants qui évitent surtout de parler de métaphysique (c'est un gros mots, chuuuuut !!).


Et on s'étonne que sans métaphysique, le temps soit à la morosité, à la déprime, à la perte de repères, à la folie, à la course à la futilité, au divertissement, à la joie éphémère d'AVOIR ! Vider les gens de leur contenu, d'un sens à leur vie, et proposez leur des choses qui les satisfasse, pas trop et pas trop longtemps évidemment ; et vous obtiendrez des gens qui chercheront sans cesse à combler un trou sans fond, car le manque métaphysique ne se comble pas à coup de billets, ou d'objets. Au combien la disparition de la métaphysique est une aubaine pour nos gouvernants... quoi de plus merveilleux que de gouverner des gens qui ne posent pas de questions et qui pensent que leur bonheur passera par l'achat de tant de choses inutiles. Bon, je vous rassure, la religion n'est pas morte, elle se vend comme tout le reste, maintenant... Mais la science est devenue le critère absolu de toute vérité, le critère de confiance. C'est "prouvé scientifiquement", allélouïa !! Et il faut que vous soyez riche, très riche, alors travaillé pour dépenser votre argent...  en fin de compte vous poursuivez une richesse en en dilapidant une autre : votre richesse, celle qui n'appartient à personne d'autre, et qui n'a rien a voir avec votre compte en banque, votre métier, ce qui remplit votre maison et votre garage, etc.

Je sais, c'est très primaire comme discours. Ca fait un peu cliché, mais c'est fait pour. Si vous trouvez ce discours ringard et dépassé, alors ils ont réussi leur coup. Oui, parce que surtout, il ne faut pas oublier de margnaliser les gens en opposition avec le système : les intellos, les écolos, les philosophes (qui passent leur temps à réfléchir, quel danger !), les gens autonomes, les gens solidaires qui ont tissé (ou conservé des liens) sans passer par la voie "normale", etc. Se faire enfermer dans un point de vue, voilà ce qui est néfaste. Et c'est le cas dans la vie, comme dans la réflexion. Voir les choses que d'une seule façon, sans être capable de relativiser son point de vue, sans respecter celui des autres, voilà ce qui est terrible. Voilà pourquoi de tels colloques, comme "Le processus créatif en question", redonnent espoir et font chaud au coeur. Parce qu'il a luté contre ce cloisonnement, il a amené le dialogue, il s'est efforcé de présenter les choses sous plusieurs points de vue. Il ne faut pas perdre de vue cela : nous voyons tous la vérité sous un angle différent (et c'est pas moi qui le dit, c'est Gandhi). Ce que je dis, c'est que nous vivons cette vérité, tous différemment, mais nous en sommes tous des manifestations. Peut-être un jour quelqu'un réconciliera-t-il les points de vue et détruira cet écart entre la théorie et la pratique, entre la vie et la vérité, car la seconde n'est que l'absrtaction de la première.

Ce billet devait être normal, mais je crois qu'il est un peu fou et un peu en vrac. Il est surtout plein de colère, parce que ce monde désanchanté, deshumanisé, cloisonné, tiraillé par les extrémismes de toutes sortes et dépouillé de tout sens, me fait mal un peu plus chaque jour...

Oubliez donc toute cette négativité, l'essentiel de ce billet c'est l'espoir !

Dum spiro spero

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Published by Jean-Charles Banvoy
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  • : Etudes de la pensée de Schopenhauer et notamment de son rapport à la psychanalyse et aux neurosciences.
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  • Jean-Charles Banvoy
  • Allocataire de recherche en Philosophie sur le sujet : "Schopenhauer et l'inconscient : de Kant aux neurosciences ?"
 UMR 7117, Laboratoire de Philosophie et d'histoire des sciences, Archives Henri Poincaré, Université Nancy 2
  • Allocataire de recherche en Philosophie sur le sujet : "Schopenhauer et l'inconscient : de Kant aux neurosciences ?" UMR 7117, Laboratoire de Philosophie et d'histoire des sciences, Archives Henri Poincaré, Université Nancy 2

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