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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 09:47

Un fort enthousiasme se manifeste autour de ce blog et de ma démarche, et c’est vraiment très encourageant. On se sent un peu moins seul dans cette traversée du désert qu’est la recherche philosophique (comme toutes les recherches en général, même celle de soi-même !). En tout cas, merci à tous pour vos encouragements ! Ils font chaud au cœur.


Où en est donc notre bon petit philosophe dans sa recherche de la vérité. Eh bien, pour changer, il relit Schopenhauer du début à la fin. Certains diront donc qu’il tourne en rond, d’autres (dont je me fais le porte-parole), diront qu’il cherche encore à pénétrer plus avant la pensée de son maître en philosophie et à comprendre toutes les choses qu’ils n’avaient pas encore comprites. Eh oui, après 4 lectures intégrales ou quasi-intégrales, il y a encore des choses nouvelles qui nous apparaissent… pas que des mots se soient rajoutés depuis par l’opération du saint esprit (dans l’œuvre de Schopenhauer ça serait un comble !), mais simplement on voit les choses à chaque fois sous un angle différent et alors des recoupements se font petit à petit. (Il faut ajouter à cela la forme particulière de l’œuvre de Schopenhauer fait d’une œuvre centrale et d’une multitude de suppléments éparpillés, ce qui fait que le même sujet est traité à bon nombre d’endroits différents – Cf. Introduction de mon mémoire de Master et la préface de la première édition du Monde).


Le plus dur dans toute lecture philosophique, c’est de lire le texte en lui-même. Car toute lecture de recherche est faite en fonction d’un but précis, avec une claire idée de ce que l’on cherche et, alors, bon nombre d’éléments sont relégués au second plan et, les ignorants, on ne peut pas voir comment ils s’articulent… Chaque lecture est un point de vue particulier, et il faut donc les multiplier pour apercevoir toutes les facettes de la pensée de Schopenhauer. Bien souvent, la première lecture est dépourvue de point de vue particulier, mais alors on est très loin d’avoir assez d’éléments pour comprendre ce qu’on lit.


Mais, à mon sens, personne ne peut comprendre la pensée de Schopenhauer simplement en la lisant. C’est une pensée une et intuitive, qu’il faut ressentir. Et pour cela, il faut parcourir le grand livre de l’univers, lire attentivement toutes les belles choses qui s’y trouve, y compris celles vous concernant, i.e. être attentif à ses actes et à son corps, aller jusqu’aux limites de sa Volonté et trouver cette force qui vous anime et vous fait avancer. Mon long périple pédestre en solitaire dans les hautes terres d’Ecosse, en juin 2007, m’a donné plus d’éléments pour comprendre la métaphysique de la Volonté que toutes les lectures que j’ai pu faire depuis ce moment-là. La Volonté n’est plus une notion qui se définit dans votre tête à partir des nombreux mots que vous avez pu lire à son sujet, elle est la force qui est en vous, qui vous fait agir, penser, aimer, souffrir,… elle vous constitue et vous la ressentez s’exprimer au travers de votre corps.


Mais la comprendre au fond de vous même ne vous rend pas plus apte que qui que ce soit à en parler. Car l’écart entre cette intuition (ou plutôt cette affection) et les concepts est imposant et Schopenhauer a consacré sa vie entière à le combler. C’est en cela que réside la profondeur de cette pensée : vous pouvez la vivre et la ressentir, sans pour autant être capable de la rapporter à la moindre notion abstraite. Le discours rationnel ne construit pas la vérité, elle ne fait que l’exprimer, la décrire et la rendre communicable. Et si peu de gens parviennent à en formuler une expression rationnelle, tous nous sommes capables de la ressentir…

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Published by Jean-Charles Banvoy
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commentaires

Yann Sarfati 11/04/2009 02:19

Bien dit Jean Charles,
Ce qui me confirme toujours la véracité et les fondements solides de la pensée de Schopenhauer, c'est la concordance parfaite des pensées qu'il déclenche chez les gens éclairés de sa philosophie. En effet ce que tu racontes sur l'intuition philosophique Schopenhauerienne et la difficulté de la formuler en concepts pour qu'elles devienne partageable, ce que ,comme tu le rappelles très justement, Schopenhauer s'est en fait efforcé de faire au mieux toute sa vie (Safranski a un très bon mot la dessus d'ailleurs : "l'indicible ne doit pas devenir l'inexprimable"), eh bien tout cela, en témoigne mes carnets personnelles, je l'ai également ressenti.
Ce qui a été les traversées solitaires sur les hautes terres d"Ecosse pour toi a été les déserts de sables en Argentine pour moi pendant lesquelles je repoussais à chaque minute les frontières de du champ de ma pensée ainsi irrigué par "l'eau Schopenhauer".

Quelques mois après ma lecture, j'ai tout de suite été saisi par des connaissances intuitives immédiates que je devais par la suite m'expliquer en connaissances abstraites et discursives au fil de ma lecture de Schopenhauer ; en effet j'ai été pris de ce que je ne pourrais au mieux désigner que par le terme de "révélations" en 1 an entre mes 20 ans et 21/. Ces révélations ont été dans l'ordre :

1) prise de conscience en rêve de l'unité de la Volonté (j'ai ressenti quelque chose de l'ordre du mystique qu'aucun mot ne pourra jamais m'aider à exprimer, un peu comme la chose en soi de Kant inconnaissable, inexprimable au vue de notre principe de connaissance car c'était de l'ordre de la sensation qui dépassait les corps, il n'y avait plus de sujet ni d'objet... bref inexprimable ! )

2) prise de conscience frappante de ce que je pourrais résumer autour du "Tat Twam Asi" et dans l'indifférence et la sérénité la plus totale qui m'emmena alors dans ce que je découvris plus tard au fil de ma lecture que Schopenhauer appelait "sa conscience meilleure" (en effet il est important de noter que la plupart de mes révélations intuitives et immédiates ont le plus souvent trouver a posteriori leurs explications abstraites et discursivement expliquées dans les écrits de Schopenhauer, où je les comprenais alors au plus profond de moi même, les ayant pour ainsi dire digérer et vécues de l'intérieur)

3) vision obsédante des Sexes sur pattes que nous étions et du véritable foyer de notre être, la Conscience n'étant qu'une illusion horrible. Je ne voyais lors de cette journée où cette révélation me frappa que des moyens dans la vie de l'homme pour parvenir à la même fin sexuel. vision obsédante et terrifiante (pour la conscience, le moi innocent connaissant que je suis cela est terrifiant) d'un monde de "forces sexuelles" et de vie consciente illusoire et instrumentée au service du vrai foyer de notre être où le temps et le monde n'existe en effet que comme représentations pour notre conscience.

4) Révélation au cours de laquelle j'ai été saisie par le caractère idéal de l'espace qui m'environnait. l'intérieur et l'extérieur n'était plus qu'un m'apparaissant dans la succession de mes sensations. Et sans espace plus de principe d'individuation, c'est la confirmation de ma première révélation et ce cycle de révélation prennent un aspect logique.

Savez vous comment je suis tombé sur votre blog Jean-Charles Banvoy ? J'ai tapé sur Google "Schopenhauer 2009" et j'ai été très heureux de tomber sur vous comme à chaque fois que je découvre des nouveaux écrits et d'autres gens éperdument passionnés par S. comme moi.
C'est un peu comme retrouvé un frère avec lequel nous aurions été séparé à notre naissance.
Et je prends aussi un grand plaisir à honorer la phrase de notre maître : "Si deux se réunissent en mon nom, je serai parmi eux".

Jean-Charles Banvoy 11/04/2009 11:59



Une nouvelle fois merci pour ce témoignage et ces bonnes paroles. C'est une nouvelle confirmation de la nature profondément intuitive de la pensée de Schopenhauer. Je comprends parfaitement cette
prise de conscience par l'expérience et notamment par les expériences qui nous mettent à l'épreuve (périple dans des régions isolées en ce qui nous concerne).


Je partage pleinement votre enthousiasme et votre bonheur de rencontrer un "frère", un autre vrai passionné de Schopenhauer. Merci pour tout ce que vous apportez à ce blog et à moi-même par vos
commentaires et votre présence si forte et si plaisante.


A très bientôt,
Jean-Charles Banvoy



philippe 12/01/2009 16:53

Je me doutais de votre réponse. Pour ma part je ne connais pas l’œuvre de Schopenhauer dans ses profondeurs. Mais de Platon aux Neurosciences en passant par Kant, Schopenhauer, Freud, Jung et d'autres, l’objectif est de comprendre le fonctionnent psychique de l’homme sur terre. Le peu que j’ai lu de Schopenhauer m’a donné l’impression d’un certain pessimisme, que l’homme était asservi à la fatalité de la fonction biologique. Freud pense à un asservissement affectif à la pulsion et en conflit avec la censure de cette pulsion. Le conscient combat l’inconscient sans savoir de quoi il retourne. Le Bouddhisme met en avant l’ignorance productrice de Karma.
Les écrits de Schopenhauer étaient les premières lectures de Jung. Il me semble que la différence entre ces deux êtres d’exception est que Jung croyais dans l’individuation, a donné une explication de son processus et une description symbolique des contenus de l’inconscient collectif avec ses archétypes. L’intégration de l’inconscient par la conscience libère l’homme. On pourrait dire, l’homme est métaphysique et alors !
Nous pouvons à mon sens comprendre que l’inconscient existe, qu’il est autonome comme un ordinateur avec ses programmes pour l’autoconservation et évolution de l’espèce.
La maîtrise des pulsions, des contenus inconscients comme l’anima avec ses projections, perceptions, et réflexivité de la pensée ne mènent pas forcément à la mort psychologique. Le but est de déployer ses ailes même si parfois le destin, qui pour moi est le résultat du mécanisme inconscient, mène l’homme à une fâcheuse situation.
De la caverne de Platon à Matrix, l’individuation deviendra peut être la norme dans le futur des hommes… merci de me donner votre point de vu avec la connaissance que vous avez de l’œuvre de Schopenhauer.
Philippe

Philippe 07/01/2009 13:14

Bonjour,

Je trouve intéressant de faire un travail comparatif entre Schopenhauer, Freud et les neurosciences. Je vais vous lire.
Il me semble que Jung dépasse profondément la pensée des deux premiers et que la neurobiologie vient confirmer son analyse.
C'est mon point de vue au niveau de conscience qui est le mien.
Votre commentaire sur ce que je viens de dire est le bien venu.
Philippe

Jean-Charles Banvoy 09/01/2009 13:46


Au niveau de conscience qui est le mien (niveau 0 en ce qui concerne C.G. Jung) je ne peux malheureusement pas vous donner mon point de vue... Je manque totalement d'élément pour pouvoir dire quoi
que ce soit sur cette question et je serai heureux si vous pouviez m'en donner un peu. Pouvez-vous développer votre point de vue, en rapport avec Schopenhauer, Freud ou les neurosciences, afin que
je puisse me faire un avis ?
En tout cas, merci pour ce commentaire et pour votre visite sur ce blog (ma foi quelque peu délaissé par son auteur ces derniers temps...). En espérant vous relire prochainement...
Banvoy Jean-Charles


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  • : Schopenhauer
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  • : Etudes de la pensée de Schopenhauer et notamment de son rapport à la psychanalyse et aux neurosciences.
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  • Jean-Charles Banvoy
  • Allocataire de recherche en Philosophie sur le sujet : "Schopenhauer et l'inconscient : de Kant aux neurosciences ?"
 UMR 7117, Laboratoire de Philosophie et d'histoire des sciences, Archives Henri Poincaré, Université Nancy 2
  • Allocataire de recherche en Philosophie sur le sujet : "Schopenhauer et l'inconscient : de Kant aux neurosciences ?" UMR 7117, Laboratoire de Philosophie et d'histoire des sciences, Archives Henri Poincaré, Université Nancy 2

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